Nous cherchions à créer les conditions d’une stimulation permanente.
Nous avons créé cet Espèce de collectif.

Nous aimerions que cette structure soit un outil. Ou un espace. Un lieu où se tissent des affinités entre des personnes, entre des façons de penser, des trajectoires, des savoir-faire, des aspirations, des élans. Un lieu d’émulation de l’être ensemble, car c’est ainsi que nous envisageons le fondement du travail.
Nous cherchons à constituer une dynamique, portée par des personnes qui, étant autonomes ou en relation les unes avec les autres, permettent de faire émerger et de faire perdurer une créativité.

Mais surtout, nous aimerions que ce soit un outil en perpétuelle évolution, en configuration permanente. Qu’il s’adapte à nos désirs et à nos besoins, qui évoluent eux-même constamment.

Notre pratique s’inscrit dans le champ de la danse, celle-ci étant pour nous une façon poétique d’aller au monde qui peut, pour cette raison, se produire sur tous les champs.
Nous pratiquerons la danse et le spectacle vivant, mais il serait bien possible que nous débordions un peu. L’installation, la publication, le cinéma, le documentaire sont aussi des terrains qui nourrissent nos élans.

Nous aimerions une architecture qui soutienne à la fois une existence artistique publique (la création) et une existence plus souterraine, hors des circuits traditionnels et des impératifs de production (la recherche).
La première étant une expression, la seconde une pratique, un sédiment.
La seconde étant la substance de la première.

Par cette structuration, nous cherchons aussi à inventer notre propre fonctionnement, nos propres règles du jeu, et de les adapter en fonction des relations que nous engageons avec d’autres structures ou d’autres personnes. De fait, cela revêt un caractère particulièrement ludique.
L’identité de cette structure ne cherche pas à se définir en amont de son existence. Elle se dessinera petit à petit, au fur et à mesure des projets. Ceux-ci détermineront la définition, et non l’inverse.

Espèce de collectif est aussi, tout simplement, une façon de mutualiser nos moyens de travail.
C’est un groupe à géométrie variable, permettant les collaborations ou les projets individuels, et permettant surtout à chacun d’occuper le terrain qu’il choisit (création ou recherche), et la manière dont il l’investit.

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Damien Briançon

J’ai commencé la pratique de la danse à 20 ans, avec Hervé Diasnas (et puis ça a duré 10 ans).
J’ai enrichi cette pratique en croisant le parcours, le travail ou la recherche de Patricia Kuypers et Franck Beaubois, de Michel Massé, de Lorna Marshall et Yoshi Oïda, de Julyen Hamilton, du GdRA et d’Andrew Morrish.
J’ai commencé à être sur scène avec un solo. Ce travail en solitaire est proche, à mon goût, d’une forme d’autoportrait. À ce titre, je compte bien développer cette recherche régulièrement, au fur et à mesure de mon parcours.
J’ai toujours pensé mon travail de création en relation avec d’autres personnes, d’autres savoirs-faire: avec Tristan Bordmann (vidéo), Joseph Kieffer (plasticien), Marion Cenki, Jordi Puigdefabregas (danse), Maxime Tisserand (musique), Jonathan Merlin (son).
J’ai été interprète pour Hervé Diasnas, Marinette Dozeville, Lydia Boukhirane.
Aujourd’hui je travaille avec Arnaud Louski-Pane sur Les Hautes herbes, je collabore avec Pauline Ringeade sur Fkrzictions, j’accompagne David Séchaud dans sa création Archivolte, je travaille avec Louis Ziegler pour les Danses de là.
Et je fais vivre cet Espèce de collectif.

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Étienne Fanteguzzi

Si personne ne parle, il se peut que je le fasse. 
Si une proposition est lancée, je foncerai avant de connaître la fin de la proposition. 
Si une affirmation est donnée, je la mettrai en doute.
Je n’ai pas vraiment d’opinion, mais je changerai certainement d’avis. 
Et je peux argumenter.
Parfois je bouge dans tout les sens. Certains appellent ça de la danse. D’autres non. Ceux qui restent sans regarder écoutent peut-être. 
Souvent, j’ai besoin de faire les choses pour les comprendre. 
Je ne comprends toujours pas la danse, pourtant j’essaie.
Je peux parler longtemps. 
Pour aller quelque part, je prendrai le chemin le plus long, ou du moins le plus tortueux. Non par volonté mais parce que je me suis perdu en route.
Je dis souvent « je ne sais pas ».
J’ai appris à danser, mais parfois j’ai l’impression d’avoir oublié. 
J’aime bien quand c’est carré, beau et précis, mais je n’arrive pas à le faire. 
Je réfléchis trop et trop longtemps pour une question simple. 
L’inverse est parfois vrai.

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Alice Godfroy

Tu te souviens d’avoir dansé avant de savoir lire et écrire. Encore aujourd’hui, tu lis le monde avec ton corps. C’est toute une pantomime qui ne se voit pas.
De l’autre côté des vitres, tu as beaucoup observé les grands singes. Dans l’ombre, l’espèce humaine aussi est mystérieuse. Tu te places un peu de côté pour voir comment elle bouge.
Tu dis qu’il est préférable d’en rire. De rire de ce qui nous arrive. Que les corps rient de leur tragédie quand ils dansent. Tu aimes les danseurs qui chorégra[R]ient tout en étant extrêmement sérieux. Tu regardes comment ils tiennent le paradoxe – à deux mains, l’air de rien, ou sans le savoir.
Et toi, tu danses? Oui, volontiers. Sans crème, merci. Disons que tu fais de ton corps une tête de lecture. Puis tu essaies inlassablement de faire parler ton œil.

Alice Godfroy est agrégée de Lettres modernes, docteure en Littérature comparée et Maître de conférences en danse à l’Université de Nice Sophia Antipolis. Au croisement de la phénoménologie, de la littérature et de l’esthétique, ses derniers travaux ont élaboré le concept d’une dansité de l’écriture poétique, en définissant le mouvement des textes à partir de l’expérience du corps dansant.
« Danse et poésie: le pli du mouvement dans l’écriture. » Michaux, Celan, du Bouchet, Noël (Paris, Honoré Champion, 2015);
« Prendre corps et langue. Étude pour une dansité de l’écriture poétique » (Paris, Ganse – Arts & Lettres, 2015).
Elle mène de front un parcours de danseuse et de pédagogue du mouvement. Pratiquant la danse depuis le plus jeune âge, elle se spécialise peu à peu dans l’improvisation et choisit la danse Contact Improvisation comme champ privilégié de recherche et de transmission.
Initiatrice d’un collectif d’improvisateurs, regard extérieur pour différents projets scéniques, elle explore les savoirs des corps dansants et les processus de poétisation de leurs gestes.